Ecosystèmes Marins : Littoral Malgache

La « gestion intégrée des zones côtières » (G.I.Z.C.) constitue la démarche privilégiée, adoptée partout dans le monde, pour la mise en œuvre du développement durable des zones côtières et marines.

Madagascar s’est dotée d’une expérience appréciable en la matière, suite principalement à la mise en œuvre de la composante « Environnement Marin et Côtier » du PEII, et du programme régional PRE-COI de la zone côtière du Menabe, et aussi par la contribution d’autres intervenants. Depuis 2002, sous la coordination de l’ONE, et grâce à l’appui financier des bailleurs de fonds, tels que le PNUD, le GEF, la Banque Mondiale, la consolidation de tous ces acquis est arrivée au stade de la formulation du Livre Blanc de la Politique de Développement durable des Zones Côtières et Marines de Madagascar. La caractérisation de l’état de l’environnement marin et côtier se réfère aux résultats mentionnés dans ce document, et à ceux d’autres intervenants, comme les ONGs internationales ou nationales.

Ainsi, pour traiter les problématiques et mettre en œuvre le développement durable de l’environnement marin et côtier, la délimitation suivante a été adoptée pour les zones côtières et marines de Madagascar :

Le Livre Blanc de la Politique nationale de développement durable des zones côtières et marines de Madagascar subdivise le littoral en six régions côtières :

La région comprend 7 Districts côtiers, 98 Communes, et une population inégalement répartie de 785.000 habitants. Région à biodiversité élevée, riche en ressources halieutiques, elle souffre d’enclavement, de risques élevés d’érosion et de pollutions, d’insécurité et d’absence de surveillance et de contrôle maritime.

La région comprend 7 Districts, 37 Communes, et une population de 445.000 habitants. Région forestière, riche en ressources minières, disposant de plusieurs grandes aires protégées, elle souffre également d’enclavement, d’insécurité, d’érosion et de comblement de certaines zones côtières, et d’absence de surveillance et de contrôle maritime.

La région comprend 6 Districts, 76 Communes, et une population de 765.000 habitants. Région à faible densité de population, elle possède des zones littorales biologiquement productives, dotées de ressources minières, exploitant l’énergie solaire et éolienne, disposant d’aires protégées, et à fort potentiel touristique. Elle souffre des mêmes problèmes d’enclavement, d’insécurité, de sécheresses périodiques, et d’un faible taux de scolarisation.

La région comprend 8 Districts, 68 Communes, et une population de 597.000 habitants. Région possédant des écosystèmes côtiers et marins très productifs, un fort potentiel de pêche et d’aquaculture et de nombreux sites touristiques dont certains en aires protégées. Elle souffre de faibles capacités de production, de l’enclavement et de l’insécurité, de dégradations environnementales, plus particulièrement des phénomènes importants d’érosion et d’ensablement des zones de culture et des fleuves.

La région comprend 7 Districts, 178 Communes, et une population de 1.245.000 habitants. Région à forte biodiversité, très productive (agriculture, forêts, mines, pêches), dotée de voies navigables, et présentant plusieurs aires protégées. La région souffre d’une forte pression foncière, de risques d’érosion dus aux déboisements intensifs, de l’enclavement et de l’insécurité, et de l’absence de surveillance et contrôle maritimes.

La région comprend 9 Districts, 116 Communes, et une population de 1.650.000 habitants. Région à forte biodiversité, riche en produits de cultures de rente, en ressources halieutiques, avec un potentiel hydroélectrique levé. Elle dispose de plus d’axes routiers et de voies navigables. Elle possède enfin plusieurs aires protégées. Elle souffre d’une pression foncière forte, de déboisement intensif, d’un relatif enclavement et d’insécurité.

Le découpage du littoral de la Grande Ile en six régions côtières est basé sur une approche écosystémique de gestion, qui prend en compte l’intégrité, la continuité et la complexité des écosystèmes dans leur fonctionnement, les interrelations entre leurs composantes, ainsi que sur l’intégration de l’identité territoriale des régions administratives.

Les Zones côtières et marines de Madagascar en quelques chiffres

 

Environ 34% de la population nationale vit à moins de 100 km des côtes (INSTAT, 2010). Selon les statistiques de l’INSTAT (2011), la population au niveau des 44 Districts côtiers a augmenté de 65% de 1995 à 2011, cette augmentation est de 63% au niveau des 13 régions côtières. Cette augmentation de la population provient non seulement de la croissance démographique par natalité, mais aussi des migrations, notamment de l’arrière-pays vers la zone littorale, résultant de la baisse de fertilité et ou de disponibilité des terres agricoles, de la dégradation du pouvoir d’achat, en général, des communautés, du taux de chômage dans les grands centres urbains, migrations encouragées par l’accès libre à la plupart des ressources marines. A ceci s’ajoute le développement des secteurs porteurs, comme le tourisme et la pêche. Cette croissance démographique imprime des pressions et menaces sans cesse accrues sur l’environnement et ses ressources pour satisfaire les besoins des ménages, outre les exploitations à des fins économiques.

Les connaissances très parcellaires sur les écosystèmes et la plupart des ressources limitent les prises de décision pour leur préservation. Dans la plupart des cas, la dégradation est déjà très avancée avant que des mesures de gestion soient prises.

ECOSYSTEME MARIN ET COTIER ET SES RESSOURCES

Les récifs coralliens sont des reliefs sous-marins des mers chaudes, construits par accumulation de madrépores. Ce sont de constructions biologiques, formées d’empilements de squelettes calcaires secrétés par des organismes vivant en colonies et/ou dominent les coraux. Ce sont tout à la fois des cimetières et des pouponnières Encadrant des zones peu profondes, les récifs coralliens sont formés d’une accumulation d’exosquelettes calciques de corail, d’algues rouges et de mollusques. Construits par dépôts successifs donnant un aspect rocheux, ils s’élèvent de 1 à 100 cm par an et se développent dans la zone intertropicale, là où la température de l’eau de surface n’est jamais inférieure à 16°C et les eaux sont suffisamment claires pour laisser passer la lumière.

Trois types de récifs coralliens :

Sur le plan écologique, les récifs coralliens constituent une zone d’alimentation, de refuge et d’élevage des jeunes poissons et des invertébrés, et permettent également le développement d’éponges et de coquillages. Ils protègent la biodiversité et permettent la création de sables et de sédiments nécessaires à la croissance des prairies marines et des mangroves. Ils favorisent la formation de plages, et jouent un rôle dans la formation et la protection de petites iles d’atolls et de baies.

Sur le plan socio-économique, les récifs coralliens offrent beaucoup d’opportunités pour le développement des communautés côtières. Outre l’exploitation des diverses ressources comme les poissons, les coquillages, les holothuries, les poulpes, les algues, et les coraux, les récifs coralliens attirent les touristes par la plongée sous-marine, et les chercheurs par leur biodiversité. La distribution des récifs coralliens comme celle des autres biotopes est influencée par les fluctuations régionales des marées.

Les récifs coralliens représentent l’écosystème marin où la diversité en espèces est la plus grande. Cette richesse, est comparable à celle des forêts primaires tropicales en ce qui concerne les écosystèmes terrestres.

Sur le littoral occidental

Le pays est constitué d’une faible pente s’inclinant vers le canal de Mozambique par un plateau continental large de 45 à 100km. Cette large bande est caractérisée par de terrains sédimentaires dont une érosion différentielle attaque progressivement les roches sédimentaires. Il en résulte qu’elle est découpée de bancs de coraux et d’îles surtout dans le Nord-Ouest. Toutefois, elle est composée de deux principaux secteurs littoraux, notamment : une côte basse et régulière, entre le Cap Sainte Marie et le Cap Saint André, bordée par des cordons littoraux sableux ; une côte moins plate s’étire du Cap Saint André au Cap d’Ambre, beaucoup plus découpée et plus humide.

Sur la côte Ouest (BASTISTINI R., 1960 : CLAUSADE M. et al 1960 ; CROSNIER A. et JOUANIC C., 1973 ; GUILCHER A., 1956), les récifs coralliens sont beaucoup plus développés et s’étendent sur une longueur totale d’environ 1.000 km avec une largeur variant de 0,5 à 3,5 km. Les plus importants longent la côte Sud-Ouest aux environs de l’embouchure de la Linta au Sud jusqu’à Morombe au Nord. En raison de l’étroitesse du plateau continental, les récifs frangeants sont en alternance avec les récifs barrières avec la présence de petits îlots. La formation corallienne la plus connue est le Grand Récif (CAYE, 1969 ; WEYDERT, 1973) en face de Toliara s’étendant sur près de 18 km et atteignant 3 km de large. De part et d’autre de Toliara, au Sud, surtout entre l’Onilahy et Lanivato, il existe un récif frangeant avec la présence de récifs à caye, (Nosy Ve, Nosy Tafara), et au Sud de Lanivato le récif frangeant d’Itampolo et d’Androka et l’îlot récifal de Nosy Manitse. Au Nord de l’Onilahy jusqu’au delta de Mangoky le récif frangeant est interrompu par quelques passes sur presque 80 Km

_ Dans la partie centrale de la côte Ouest, seuls deux groupes de récifs du large ont été répertoriés : le banc de Pracel sur une longueur de 100 km et les récifs des îles Barren sur une longueur de 50 km (SALOMON J. N, 1980).

_ Sur la côte Nord-Ouest, le récif barrière immergé de la bordure externe du plateau continental s’étend sur 600 km. Longeant la côte ou bordant certaines petites îles, il existe une succession de récifs frangeants sauf près des estuaires et de leurs baies. Au niveau de certaines baies où la sédimentation est faible, des formations de massifs coralliens existent (Baie de Lotsoina, d’Ampanasina, d’Ambaro et autour de Nosy Be, ces deux dernières zones étant les plus étudiées) (GUILCHER A., 1984, 1959 ; GUILCHER et al, 1958).

Sur le littoral oriental

Un escarpement abrupt descend sur l’Océan Indien jusqu’au niveau d’une plaine côtière, rectiligne. Cette ligne est bordée par des cordons littoraux sableux sans fin et une suite de lagunes partiellement à l’abri de l’influence marine par la faible amplitude des marées, contrairement à la côte ouest.

Sur la côte Est, les formations coralliennes sont peu importantes et encore mal connues. On y rencontre principalement des récifs frangeants, au Cap Masoala (entre la Pointe Larrée et Mananara-Nord) et autour de l’île Sainte Marie, des petits îlots au Sud d’Antsiranana ; un récif barrière fragmenté et immergé se rencontre dans la région de Toamasina ; des récifs frangeants rudimentaires, avec une ligne de dunes côtières isolent des lagons peu profonds du Canal des Pangalanes.

Dans le triangle Masoala-Maroantsetra-Foulpointe, des conditions particulières ont permis le développement d’un système récifal, ainsi que vers l’extrême sud (Taolagnaro-Faux Cap). Du fait du régime de l’alizé, on y observe toute l’année une houle d’Est Sud-Est.

Sur le littoral méridional

La côte Est bordée par un important cordon dunaire et est battue tout au long de l’année par une houle d’Est Nord-Est à Taolagnaro toujours du fait de l’alizé. Dans l’ensemble, les marées sont caractérisées par une inégalité diurne, ce qui fait qu’elle est à 0,5 à 1m sur la côte Est et arrive jusqu’à 4,50m sur la côte Ouest.

Les récifs coralliens en tant que niches écologiques, ressources exploitables pouvant subir diverses pollutions entraînant leur destruction, figurent aussi parmi les zones sensibles.

Au total, les mangroves et les récifs couvrent respectivement une superficie de 85.000Ha et de 2.000Ha.

Les récifs coralliens et écosystèmes associés (herbiers, mangroves) abritent la plus riche biodiversité marine du monde (Knowlton et al., 2010). Un grand pas a été fait en ce qui concerne les connaissances sur les récifs coralliens de Madagascar depuis la réalisation d’un projet de caractérisation et de cartographie des récifs au niveau global dans le cadre du projet américain Millennium Coral Reef Mapping lequel a produit, entre autres, un Atlas des Récifs Coralliens de l’Océan Indien Ouest (ANDREFOUET et al., 2009).

 

  • Les mangroves sont des formations forestières littorales, propres aux rivages vaseux et aux estuaires des régions tropicales et parfois subtropicales. Constituées de palétuviers, caractéristiques des littoraux tropicaux, les mangroves n’occupent que les zones de littoral recouvertes à marée haute et découvertes à marée basse. Les mangroves vivent dans des conditions spéciales de vases soumises aux battements de la mer et des eaux douces des fleuves ou des sources de résurgence. Elles ne sont pas riches du point de vue flore, car seules sept espèces y subsistent.

Les palétuviers ont le même aspect particulier. Ils s’ancrent dans la vase très fine et instable, par trois sortes de racines : les racines-échasses, les racines-anses et les racines-stalagmites. Les racines –échasses partent horizontalement de la base du tronc, puis s’inclinent pour s’ancrer superficiellement dans la vase, comme des arcs-boutants. Les racines-anses poussent horizontalement dans la et en sortent par endroits sous la forme d’anses. Enfin, les racines-stalagmites sont, elles aussi, souterraines, mais produisent des excroissances verticales qui sortent de la vase et qui peuvent mesurer jusqu’à 30 cm. Les racines, très visibles à marée basse, donnent cet aspect extraordinaire et fantastique caractéristique de la mangrove. (« Mangrove », Microsoft, Encarta 2006 [CD] – Microsoft Corporation : 2005).

Sur le plan écologique,

les mangroves servent de frayère et de refuge pour les crabes, les crevettes, les poissons et de zones de nidification pour certains oiseaux (ankoay, …). Les mangroves protègent le littoral contre l’érosion marine par la présence de palétuviers qui fixent le sol et par la réduction de l’énergie de la houle. Elles protègent également le large et les récifs coralliens contre les pollutions venant de l’intérieur par la capture des sédiments

Sur le plan socio-économique,

les mangroves sont exploitées en vue du développement des populations riveraines, pour fournir du bois de chauffe, pour la production de charbon de bois et de bois de construction (maisons, mats de bateau), pour la pêche aux poissons et aux crevettes et la collecte des crabes, pour extraire des produits de tanneries, pour l’aménagement de salines, pour servir de pâturages dans les tannes herbacées, et pour l’aquaculture crevettière.

Les écosystèmes de mangroves ont fait l’objet de nombreux rapports, parmi lesquels on peut citer les travaux de RABESANDRATANA H. D (1970), LEBIGRE (1990), JENKINS (1990), RANAIVOSON J.(1994, 1995), ILTIS (1994, 1995).

Dans l’Océan Indien occidental, Madagascar possède la plus importante surface de mangroves estimées actuellement aux environs de 3.300 km2. Les mangroves malgaches sont de deux types :

_ Les mangroves d’estuaires rencontrées au niveau des embouchures, des deltas et à l’entrée des baies.

_ Les mangroves littorales dans les zones à résurgence d’eau douce permanente en particulier dans la région de Toliara dans le Sud-Ouest de Madagascar.

Concernant leur localisation, près de 3.200 km² de mangroves, soit 98 % de la superficie totale, sont dispersés sur 29 sites le long de la côte Ouest dont les principaux sont localisées au niveau des estuaires des grands fleuves du Nord-Ouest, pouvant atteindre plus de 700 km2, dont celles de Mahavavy-Nord, Narindra (Loza), Mahajamba, Betsiboka, Mahavavy-Sud, Besalampy, Maintirano, Tsiribihina et Mangoky. La région du Menabe, dans les environs de Morondava, a été étudiée dans le cadre d’un programme Mangroves CNRE/ORSTOM, suivant deux axes :

– dynamique de l’état de santé de l’écosystème de mangrove ;

– dynamique des systèmes d’exploitation.

Dans cette zone, sur la terre ferme proche, il persiste encore des pans entiers de forêts denses caducifoliées encore exploitables, ce qui la protège des interventions humaines intempestives. Les arrières mangroves (ou tannes) sont propices à l’aquaculture notamment à la crevetticulture exploitée à Mahajamba et Tsiribihina, l’ostréiculture à Beloza et l’artémiculture à Toliara et au Nord de Morondava. Sur la côte Est les zones de mangroves sont moins abondantes et sont répertoriées dans 11sites dont les plus importants sont ceux de Manompana (Sainte Marie), de la Baie de Rodo (22,22 km2) de Lokaro et Sainte Luce (Taolagnaro). Actuellement la mangrove de Fitsitika (Manombo/Toliara) reste la plus belle mangrove de la région du Sud-Ouest avec une superficie de 400 ha. Celle de Bevoalavo est en voie de disparition. Celles des environs de Toliary (Sarodrano, Ankilibe, Ankiembe, la Batterie et le Nord Fiherenana) ont pratiquement disparu. Les mangroves aux abords des grandes villes ou de grandes agglomérations sont menacées, surtout celles d’accès facile (Monographie Nationale de la Biodiversité, 1997).

La superficie totale de mangroves en 1996 était estimée à : 322 204 ha. Selon l’étude faite par la Conservation International, la superficie de Mangroves à Madagascar en 2000 est de 212 000ha avec une déforestation de 5 300ha entre 1990 – 2000.

Les zones aménageables pour l’aquaculture sont de l’ordre de 52.000ha (données fournies par la Direction des Pêches Antananarivo – janvier 2001).

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  • Les forêts littorales se développent en arrière des mangroves, en arrière des plages, ou directement au bord de la mer.

Sur le plan écologique,

elles servent à fixer le sol, donc à prévenir l’avancée des dunes, l’érosion marine, et les inondations. Elles servent d’habitats à de nombreuses espèces de faune et de recyclage de la matière organique.

Sur le plan socio-économique,

pour les populations riveraines, les forêts littorales constituent des réservoirs de bois de chauffe, et de bois d’œuvre, pour la cueillette et la production de miel. Elles fournissent également des plantes médicinales et aromatiques, des espèces de flore et de faune, et d’aliments (plantes (oviala), et gibier,…).

  • Les baies et les estuaires

Les baies sont de petits golfes, c’est-à-dire de larges avancées de la mer dans le milieu terrestre.

Un estuaire est la partie terminale d’un fleuve sur une mer ouverte et où se font sentir les marées. Un estuaire est un écosystème doté d’une forte productivité due au mélange de substances apportées par la marée et les courants d’eau douce.

Sur le plan écologique,

les estuaires ont un rôle de régulation des flux d’eau. Ils atténuent ainsi l’érosion côtière. A cause de leur salinité changeante et leurs éléments nutritifs, les estuaires constituent des habitats et des lieux de reproduction pour de nombreuses espèces de poissons, de crustacés, de reptiles et de batraciens.

Sur le plan socio-économique : De par leurs positions, et les habitats et les ressources qu’ils abritent, et la beauté de leur paysage, les baies et les estuaires ont une importance socio-économique, voire militaire considérable. Ils sont en effet propices à l’installation d’agglomérations et d’infrastructures de toutes sortes (portuaires, industrielles, touristiques, bases militaires).

Les côtes de Madagascar sont riches en baies et estuaires, avec plus d’une dizaine, dont la plupart sur la côte Ouest.

Trois grandes baies sont à citer : la Baie d’Antsiranana, réputée la deuxième baie la plus belle du monde après celle de Rio de Janeiro, au Brésil, la Baie de Narinda (côte Ouest), la Baie d’Antongil (côte Est). D’autres baies, plus petites sont à signaler : la Baie d’Ambaro, la Baie de Baly, sur la côte Ouest et la Baie de Sainte Luce sur la côte Est.

La côte Ouest est parsemée d’estuaires de grands fleuves : estuaires de la Sofia, de la Mahajamba, de la Betsiboka (la Bombetoka), de la Mangoky, de la Tsiribihina, de l’Onilahy. La côte Est compte trois grands estuaires dans le Sud Est : estuaire de la Matitanana, de la Manapatrana, de la Managnara.

Excepté le cas de la Baie d’Antongil, où a été initié récemment un projet de gestion intégrée, aucun de ces baies et estuaires ne fait l’objet, ni d’un projet ou programme d’études, ni d’une gestion communautaire intégrée, en vue de la valorisation et de la conservation des ressources exceptionnelles qu’ils abritent, et qui sont de plus en plus menacées, à cause des exploitations anarchiques des habitats et des ressources qui s’y développent. A ce titre, il importe de signaler, à titre d’exemple, l’importance, voire la nécessité de protéger le site de l’estuaire de l’Onilahy, habitat du célèbre cœlacanthe, avec sa fosse sous-marine.

  • Iles et ilots

L’étude effectuée par le Bureau d’études « Développement, Environnement, Conseil » en 2002, et intitulée « Proposition de Stratégie de Gestion des Ilots de Madagascar », à la demande de l’ONE, donne les définitions suivantes, tirées du Code Maritime Malgache (3.2.2000, JO du 8.2.2000), qui distingue 3 unités :

  • Les îles : Etendue naturelle de terre entourée d’eau, qui reste découverte à haute marée ;
  • Les rochers : Rochers qui ne se prêtent pas à l’habitation humaine ou à une vie économique ;
  • Les Hauts-fonds découvrants : Elévations naturelles de terrain entourées par la mer qui sont découvertes à marée basse et recouvertes à marée haute.

L’étude citée distingue les 3 catégories suivantes :

Les îlots : Toutes les îles de Madagascar selon le Code Maritime à l’exception

  • des îles qui sont le siège d’une circonscription administrative de niveau départemental (définition donnée dans l’Arrêté interministériel n°4355-97) ;
  • des îles fluviales et du Canal des Pangalanes (sont cependant inclus des îlots des grands estuaires comme la Loza, Mahajamba, Betsiboka,..) ;
  • des îles et bancs vaseux, couverts de mangroves et de forme changeante au front des grands deltas fluviaux et des lignes de côte basses et humides.

L’inventaire fait état de 251 îlots, rochers ou hauts-fonds cartographiés, dont 36 n’ont pas de nom connu actuellement. Ces 251 îlots sont répartis en 27 groupes d’îlots, dont le nombre d’îlots qui les composent est indiqué en tableau ci- dessous.

Tableau : Nombre d’îlots par groupe

Groupe d’îlots
Nombre d’îlots
Groupe d’îlots
Nombre d’îlots
Ilots Mitsio
20
Ilots Lokaro
6
Ilots Morombe
19
Ilots Mer Emeraude
6
Ilots Cap St. Sébastien
18
Ilots Cap d’Ambre
5
Ilots Baie de Courrier
17
Ilots Mangabe
5
Ilots Nosy Be
13
Ilots Baie de la Loza
5
Ilots Ankao
11
Ilots St. Luce
4
Ilots Cap Ampasindava
11
Ilots Radama
4
Ilots Barren
10
Ilots Ste Marie
4
Ilots Cap Masoala
10
Ilots Baie de Boina
3
Ilots Lowry
9
Ilots Ambanja
3
Ilots Baie de Moramba
6
Ilots Atafana
3
Ilots Baie de Diégo
6
Ilots Atafana
3
Ilots Analalava
6
Ilots Tampina
2
Ilots Belo/mer
6

Des 251 unités cartographiés, 7 sont des hauts-fonds reconnus, 25 sont classés Rochers et 219 sont classées îlots.

Les rochers : Ce sont des petites (< 10 ha) étendues émergeantes de la mer et complètement composées de rochers.

L’accès y est impossible ou difficile et il n’y a pas de plages. L’habitation y est impossible et la végétation peut être absente ou composé de formations arbustives. Grâce à leur protection naturelle, ce sont souvent des sites importants pour les oiseaux de mer. Nosy Kivonjy (Pain de Sucre), les 4 frères des Mitsio, certains îlots Tsingy et dômes volcaniques dans la Baie du Courrier, ainsi que des rochers émergeants au Cap Masoala, à Mananara, à Taolagnaro y sont des exemples.

Les hauts fonds découvrants : (Cf. Définition Code Maritime). La géométrie et position des hauts-fonds découvrants peuvent changer d’année en année. Sur certains platiers coralliens (Groupe Belo sur mer, Groupe Barrens), les hauts-fonds découvrants peuvent devenir des îlots permanents pendant un certain temps et redevenir hauts-fonds après.

Ce sont surtout les grands cyclones qui peuvent changer les allures des hauts-fonds découvrants. Ils portent souvent des noms significatifs, comme Nosy Fasy à Andavadoaka – Morombe, Nosy Fisaka au Cap St. Sébastien, Nosy Faty dans la Baie du Courrier ou Ilot au Sable à Ste. Marie.

Sur le plan écologique, ils fournissent des habitats pour la reproduction des poissons, d’oiseaux de mer, de tortues marines et de mammifères marins.

Sur le plan socio-économique, les ilots sont utilisés traditionnellement par les pêcheurs comme base temporaire, et comme refuge pendant les tempêtes. Certains des valeurs culturelles et religieuses importantes peuvent les concerner : Ils peuvent servirent de tombes ou cimetières (Nosy Satrana) ou de centre pénitencier (Nosy Lava).

L’étude de « Développement, Environnement, Conseil » identifie des enjeux de gestion pour les secteurs de l’environnement, de la recherche, de la pêche, des aspects socio-culturels, de sécurité nationale et maritime, du tourisme, de l’agriculture et de l’exploitation minière et des types d’utilisation des îlots.

  • Les autres écosystèmes

D’autres écosystèmes primaires, à savoir, les zones humides littorales, les plages et les dunes, les affleurements rocheux et plages de galets, sont présents sur les zones côtières de Madagascar.

  • Les zones humides littorales

Les zones humides littorales sont des zones de transition entre les systèmes marins et terrestres, dans lesquelles la nappe phréatique est généralement à la surface ou dans lesquelles la terre est recouverte d’eau peu profonde. Sont classées zones humides littorales, les lagunes, les marais, les plaines inondables.

Les zones humides littorales les plus importantes de l’Ile se trouvent sur la côte Est, au niveau du Canal des Pangalanes, ainsi que les zones marécageuses.

Sur la côte Ouest, les zones humides littorales se rencontrent sous forme de ranovory qui sont des plans d’eau temporaires et au niveau de la lagune de la Loza. Les zones humides littorales régulent les flux d’eau douce vers les systèmes marins et atténuent l’érosion côtière et stabilisent les côtes. Elles servent de lieux de nidification et de frayère pour de nombreuses espèces aquatiques. Elles fournissent des plantes pour l’artisanat, ainsi que des poissons et du gibier pour les communautés riveraines.

  • Les plages et les dunes
  • Les plages sont des accumulations de sédiments déposés par les vagues et les courants sur la zone littorale. Elles sont composées de sables, de rochers et de corail. Les dunes sont des accumulations de matériaux non consolidés (sables) qui sont modelés par le vent en des formes qui diffèrent de celles de la topographie environnante. Les plages s’étendent de la limite la plus haute de l’action des vagues à la marque de la marée basse moyenne. De belles plages se rencontrent aussi bien sur la côte Ouest que sur la côte Est.
  • Les dunes sont particulièrement développées sur la côte Sud de Madagascar.

Sur le plan écologique, les plages et les dunes côtières capturent le sable et les sédiments avant qu’ils n’atteignent les récifs. Elles constituent une protection contre les vagues en cas de tempête. Elles abritent certaines espèces de crabes et constituent un lieu de ponte pour les tortues de mer. Les plages et les dunes attirent les touristes. Elles constituent une source de gravier pour les constructions de bâtiments et d’autres besoins de l’homme. Elles servent aussi de débarcadère pour les pirogues.

 

  • Les affleurements rocheux et les plages de galets
  • Les affleurements rocheux sont des côtes rocheuses élevées entre 50 m et 150 m. Ils se rencontrent principalement au niveau des plateaux de Makira et de Masoala, de l’escarpement calcaire du Cap Sainte Marie, de la falaise da Bam-Hill et certaines parties de la côte Nord-Ouest de Madagascar.
  • Les plages de galets localisées au pied des escarpements rocheux, sont rares. Elles se rencontrent au Cap Sainte Marie, à la falaise de Bam-Hill et au niveau de quelques affleurements rocheux (Lavanona/ Taolagnaro).

Ces substrats durs forment des écosystèmes benthiques où se développent une faune et une flore variées, notamment les huitres, les moules, les algues, et les éponges. Ils protègent aussi les côtes contre l’érosion marine.

ETAT DES RESSOURCES MARINES

  • Les ressources halieutiques

Elles sont exploitées par les pêches maritimes (poissons, crustacés, concombres de mer,…).

  • Les espèces phares

Ce sont les tortues marines, les mammifères marins (les baleines, les dauphins, les dugongs).

  • Les tortues marines

Comme les crocodiles, les serpents, les lézards, les tortues marines, appelées par les Malgaches fano ou sokadranomasina, sont des reptiles. Animaux vertébrés, elles diffèrent des mammifères et des oiseaux par leur ectothermie. Leur ectothermie, c’est- à dire le fait d’être des animaux « à sang froid », leur donne la capacité de faire varier la température de leur corps, d’une manière biologique, ou d’une manière comportementale. Par exemple, en nageant, une tortue marine élève la température de son corps, et peut ainsi survivre dans les eaux froides. Elle peut aussi s’entourer d’une épaisse couche de graisse, qui la protège efficacement des différences thermiques. Enfin, la tortue marine peut adopter différents comportements pour se réchauffer ou pour se rafraîchir, aussi bien en milieu aérien qu’en milieu aquatique.

Les tortues marines portent une carapace couverte d’écailles, composée d’une dossière, d’un plastron et de deyux ponts qui les réunissent latéralement, et qui constitue une excellente protection contre les prédateurs et les variations de température. Pour se reproduire, les tortues marines pondent des oeufs.

Il existe huit espèces de tortues marines, présentées ci-après, identifiées dans le monde.

  • Chelonia mydas, communément appelée « tortue verte, ou encore « tortue franche », en référence à la couleur de sa graisse, et non à celle de sa dossière, qui est brune ou beige ou verte. Elle est la plus répandue, la plus connue, la plus exploitée aussi. Elle se rencontre dans toutes les mers du globe.
  • Chelonia agassizii, appelée aussi « tortue franche » du pacifique, est très proche de la tortue verte. Elle ne se trouve que sur la partie ouest de deux Amérique.
  • Caretta caretta, appelée « caouanne », connue depuis l’antiquité, fréquente les mêmes eaux que la tortue verte.
  • Eretmochelys imbricata, appelée « tortue imbriquée » ou « tortue caret », (à ne pas confondre avec Caretta caretta). Ses écailles imbriquées lui ont valu son nom et d’être très exploitée par l’homme. Elle longe les côtes, dans la partie équatoriale et tropicale des océans.
  • Lepidochelys olivaea, ou « tortue olivatre » ou « tortue de Ridley ».Elle est plus petite, plus rare, et plus menacée que les autres espèces.
  • Lepidochelys kempi, ou « tortue de Kemp ». Elle est la plus petite des tortues de mer, et aussi la plus menacée, à cause de ses effectifs très réduits. Elle ne se rencontre que sur la partie est des Etats-Unis et du Mexique, et sur la partie occidentale de l’Europe.
  • Naturor depressa, appelée couramment « chelonée à dos plat », ne se trouve que dans les eaux australiennes.
  • Dermochelys coriacea, ou « tortue luth ». Elle est la plus lourde, la plus migratrice, la plus largement représentée, la plus atypique, la plus belle de toutes, qualifiée de « star » des tortues marines par les spécialistes. Elle se trouve en grand nombre en Guyane, et quelquefois dans les eaux fraiches des petuis de Charentes.

 

 

Tortues marines de Madagascar

Parmi les huit espèces de tortues marines identifiées dans le monde, cinq se rencontrent dans les eaux tropicales du Sud-Ouest de l’Océan Indien, et donc sur les côtes de Madagascar. Il s’agit de la tortue verte ou tortue franche, de la tortue imbriquée ou tortue caret, la tortue olivâtre ou tortue de Ridley, la tortue caouanne et la tortue luth. Leur présence est observée sur les sites suivants : Masoala, au Nord Est ; l’Ile Sainte Marie, dans l’Est ; Ankaramamy, dans le Sud-Est ; Ibakoko, dans le Sud-Est ; Elodrato dans le Sud-Est ; Antsotso, dans le Sud-Est ; dans la Baie de Ste Luce, dans le Sud-Est ; Evatraha, dans le Sud-Est ; Nosy Ve, dans le Sud-Ouest ; Ifaty, dans le Sud-Ouest ; et Toliara, dans le Sud-Ouest.

Les tortues marines font l’objet d’un projet de recherche, dont le point focal est le Directeur du CNRE. Les tortues marines sont des espèces protégées, placées à l’annexe I de la CITES (organisme international de régulation du commerce animal).

  • Les mammifères marins

Les mammifères marins sont des animaux « à sang chaud », qui passent la majorité de leur vie dans ou à proximité des mers. Leurs femelles mettent bas, ont des mammelles, allaitent leurs petits. D’après leurs aires de répartition et leurs habitats, les mammifères marins qui peuvent s’observer au large des côtes de Madagascar sont des baleines (trozona), des dauphins (petso), des dugongs(lambon-driaka).

Ces mammifères marins sont présentés ci-après.

¨ La baleine à bosse, Megaptere jubarte, Megaptera novaeangliae. Des groupes de baleines à bosse sont observés chaque année au large de l’Ile Sainte Marie, au mois de septembre, et dont l’observation constitue une attraction touristique majeure pour l’île. Les femelles viennent dans les eaux chaudes de la région pour mettre bas.

¨ Le grand dauphin, souffleur Nesarnack, Tursiops trucantus ;

¨ Le dauphin bleu-blanc, Stenella coerulesalba ;

¨ Le dauphin douteux, dauphin tacheté pantropical, Stenella attenuata ;

¨ Le dauphin à long bec, Stenella longirostris ;

¨ Le dauphin du Cap, Delphinus capensis ;

¨ Le dauphin de Bornéo, ou encore dauphin de Fraser, Lagenodelphis hosei ;

¨ Le dauphin de Risso, Grampus griseus ;

¨ Le dauphin à bec étroit, Steno bredanensis ;

¨ Le dauphin à bosse, sotalie de Chine, Sousa sinensis ;et

¨ le dugong, dugong dugong.

  • Les autres espèces de la flore et de la faune marines (algues, invertébrés …).

Ces autres espèces de la flore et de la faune marine existent à Madagascar, mais les données ne sont pas disponibles.

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