La Faune

La faune constitue un patrimoine naturel unique pour Madagascar dont une grande partie est d’une valeur universelle. En effet, outre la présence d’une radiation adaptative remarquable au sein de nombreux taxa, aucun pays au monde n’est plus riche en espèces endémiques que Madagascar

Etat actuel de la Faune

La faune de Madagascar présente un niveau d’endémisme qui s’étend jusqu’à la superfamille (lémuriens) et à la famille pour certains groupes taxinomiques ; le taux d’endémisme atteint 100 % pour certains (ex : poissons, oiseaux, carnivora et chauves-souris) (Andreone el al., 2012 ; Glaw &Vences, 2007 ; Goodman, 2008, 2011, 2012 ; Soarimalala & Goodman, 2011).

A. Les invertébrés

i. Les fourmis

Les fourmis appartiennent à l’ordre des Hyménoptera et la Famille des Formicidae. Dans la forêt, les fourmis constituent jusqu’à 15 % de la biomasse animale totale (La Salle & Gauld, 1993) et 45-50% de la biomasse des macro-invertébrés des litières de feuilles (Olson, 1994). Elles jouent un rôle important dans le recyclage des nutriments, la dispersion des graines et la régulation des populations des autres insectes (Folgarait, 1998 ; Bestelmeyer&Wiens, 2003). De 400 espèces en l’an 2000, les espèces de fourmis recensées à Madagascar sont de 1 277 espèces actuellement (Antweb, 2013) et ce, dans plus de 100 sites comprenant les différentes aires protégées du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest de l’Ile. Pendant ce temps, des nouveaux genres ont été découverts : Malagidris, Tanipone, Lividopone, Stigmatomma, Chrysapace et récemment 

le genre Prenolepis vient d’être recensé, ainsi que de nouvelles espèces, telle que Pachycondyla darwini. Sur les 58 genres de fourmis connus, 11 sont endémiques : Adetomyrma, Aptinoma, Ravavy, Lividus-group, Tanipone, Eutetramorium, Myrmicine_genus01, Myrmicine_genus02, Pilotrochus, Suckardi group, Vitsika. Plus de 75% des espèces sont endémiques de Madagascar. L’aire d’endémisme est surtout le Nord de Madagascar avec plus de 334 espèces endémiques recensées (Antweb, 2013).

ii. Les crevettes d’eau douce

Elles appartiennent à deux Familles, les Atyidae et les Palaemonidae.

  • Les Atyidae

Vingt-huit espèces regroupées dans quatre genres ont été décrites à Madagascar depuis plusieurs années (Bouvier, 1904 ; Roux, 1929 ; Holthuis, 1965 ; Short & Doumenq, 2003 ; Cai, 2005 ). Le taux d’endémicité s’élève à 77% ; toutefois, le statut taxonomique des espèces du genre Caridina nécessite une confirmation par des études PLUS approfondies. Les espèces non endémiques ont une distribution soit dans l’Océan Indien soit dans l’Ouest Indopacifique. A Madagascar, les Atyidae se rencontrent près du niveau de la mer jusqu’à 1700 m d’altitude (Short & Doumenq, 2003). A l’état actuel des connaissances sur ce groupe, 16 espèces sont dans la catégorie de Données insuffisantes et les autres sont à Préoccupation mineure (UICN, 2013). 

  • Les Palaemonidae

13 espèces regroupées dans 2 genres ont été décrites pour ce groupe de Crustacés d’eau douce à Madagascar (Holthuis, 1980 ; Short &Doumenq, 2003) : Macrobrachium ( 12 espèces dont 5 endémiques) et Palaemon (1 espèce non endémique). Le taux d’endémicité est de 38% mais le statut taxonomique de 3 espèces de Macrobrachium mérite d’être verifié par des études ultérieures. Comme dans le cas des Atyidae, les espèces non endémiques ont une distribution dans l’Océan Indien et dans l’Ouest Indopacifique. A Madagascar, les Palaemonidae vivent dans les zones côtières jusqu’à 1200 m d’altitude (Short & Doumenq, 2003). Actuellement, 4 espèces sont dans la catégorie Données insuffisantes et les autres sont à Préoccupation mineure (UICN, 2013).

iii. Les écrevisses

Madagascar est l’un des rares pays de la zone intertropicale présentant des écrevisses indigènes (Elouardet al., 2008) du genre Astacoides avec 7 espèces endémiques (Boyko et al., 2005). Le taux d’endémicité est de 100 %.

Elles ont une aire de distribution comprise entre 18° et 25° S et 46 et 48° E, entre 600 et 1900 m d’altitude, dans la région sud est de Madagascar, la plupart de ces espèces étant inféodée aux eaux claires et fraîches de la forêt (Hobbs, 1987 ; Rabearisoa, 1995 ; Rabearisoa et al., 1996 ; Cumberlidge & Boyko, 2001). Mais une étude plus récente a montré que Astacoides petiti peut se rencontrer jusqu’à 120 m d’altitude à Taolagnaro (Ravoahangimalala et al, 2007).

Dans la liste rouge de l’UICN, 3 espèces d’écrevisse sont en danger (EN), ce sont Astacoides petiti, A. caldwelli, A. betsileoensis.Une espèce est catégorisée comme étant Préoccupation mineure et 2 classées Données insuffisantes.

iv. Les crabes d’eau douce

À l’issue de la révision systématique de ce groupe et la description ultérieure de nouvelles espèces (Ng & Takeda, 1994 ; Cumberlidge & Stenberg, 2002 ; Cumberlidge et al. 2005 ; Reed & Cumberlidge, 2006), 8 genres et 15 espèces sont actuellement reconus dans la famille des Potamonautidae : 7 genres endémiques à Madagascar, avec 15 espèces ; et dans la famille des Sesarmidae : 1 genre, Labuanium (1 espèce, endémique).

Sur les 14 espèces de crabes connues, deux sont Vulnérables, cinq à Données insuffisantes et une espèce non évaluée.

Pour l’ensemble des crustacés, 6 % des espèces sont classées En danger, 4 % Vulnérables, 45 % DD et 18 % sans statut (UICN, 2013).

v. Les invertebrés marins

6 nouvelles espèces de MURICIDAE (Rafinesque, 1815) observées dans le Grand Sud de Madagascar sont nouvellement identifiées et décrites; 3 dans la sous-famille des MURICINAE (Rafinesque, 1815) : Chicoreus (Triplex) kantori, Naquetia manwaii et Dermomurex (Dermomurex) charlesi ; deux dans la sous famille des MURICOPSINAE (Radwin & D’Attilio, 1971) : Favartia (Favartia) tantelyi et Favartia (Pygmaepterys) fournierae ; et une dans la sous famille des RAPANINAE (Gray, 1853) : Semiricinula bozzettii (Houart & Héros 2013.

B. Les vertébrés

i. Les poissons d’eau douce

La faune piscicole continentale malgache compte environ 176 espèces recensées. Parmi lesquelles 115 sont strictement dulçaquicoles et 98 sont endémiques.

Toutefois, 29 % de ces espèces endémiques sont très mal connues et le manque d’information ne permet pas d’évaluer leurs statuts.

Une espèce appelée Paretroplus menarambo, un cichlide endémique, a été considéré comme éteint à l’état sauvage, jusqu’à sa redécouverte dans les eaux du lac Tseny au Nord-ouest de Madagascar en 2008 (Andriafidison et al., 2011) ; cette espèce est aujourd’hui déclarée comme En danger critique (IUCN, 2013), qualifiant ce site comme site de l’Alliance for Zero Extinction (AZE).

ii. Les poissons marins

La documentation scientifique existante confirme que Madagascar abrite au moins 830 espèces de poissons récifaux (Cooke & Brand 2012).

Concernant les requins, 4 espèces endémiques de requins sont présentes sur les côtes de Madagascar : le requin chabot à taches bleues (Chiloscyllium caerulopunctatum) (Kizska et al., 2009), le requin à tête large (Bythalaelurus clevai), le rajidé de Madagascar (Dipturus crosnieri) et le rajidé nain (Fenestrajama ceachrani).

iii. Les amphibiens

Madagascar compte actuellement 284 espèces d’amphibiens (Andreone et al., 2012). Ce qui correspond à une augmentation de 16,39 % par rapport à la situation en 2009 (Vietes et al., 2009), illustrée dans le quatrième rapport national. Cette richesse biologique exceptionnelle est aussi caractérisée par un taux d’endémicité avoisinant les 100%. En effet, une seule espèce (Hoplobatrachustigerinus) est introduite et une autre (Ptychadena mascareniensis) est considérée comme indigène (Vences et al., 2004).

Entre 2010 et fin 2013, il y a 41 nouvelles espèces d’amphibiens décrites pour Madagascar et plus d’une centaine nouvelle formes sont déjà identifiées et sont en cours de description. De nombreuses espèces qui n’étaient connues auparavant que dans une ou deux localités seulement sont récemment recensées dans d’autres sites, impliquant ainsi une extension de leur aire de répartition. 

Il s’agit entre autres de Boophis tampoka (Vences et al., 2011 ; Raselimanana, 2013), Mantella crocea et M. manery (Edmonds, 2009), Plethodonto hylafonentana (Raselimanana, 2013).

iv. Les reptiles

Madagascar héberge actuellement 398 espèces de reptiles et plusieurs autres nouvelles formes sont déjà identifiées ou en cours de description. Une augmentation de la richesse spécifique de 7, 57 % a été ainsi constatée. Le taux d’endémicité avoisine les 95 %. L’endémisme touche même le niveau de sous- famille, c’est entre autres le cas des Oplurinae et des Gerrhosaurinae.

Parmi les 398 espèces de reptiles connues à Madagascar, 137 (34,42 %) sont classées menacées d’extinction dont 23 En danger critique, 52 En danger et 62 Vulnérables (UICN, 2013). Par ailleurs, 42 espèces sont Quasi menacées selon cette même source. Il faut noter que les espèces de tortues terrestres et d’eau douce n’ont fait aucune révision ni réévaluation de statut de conservation dans la Liste Rouge de l’UICN.

A part Brookesia perarmata, classée dans l’Annexe I de la CITES, toutes les autres espèces de caméléons appartenant aux genres Brookesia, Calumma et Furcifer sont dans l’Annexe II de la CITES. Il en est de même pour les espèces de geckos nocturnes à queue aplatie appartenant au genre Uroplatus, de geckos diurnes (Phelsuma) et du crocodile du Nil (Crocodylus niloticus) qui sont également toutes dans l’Annexe II. Les tortues terrestres incluant les espèces appartenant aux genres Astrochelys et Pyxis sont classées dans l’Annexe I.

Entre 2010 et 2013, il y a 19 espèces nouvellement décrites pour la science. Ce qui représente une augmentation de 5,14 % par rapport à la précédente situation. De nombreuses espèces qui n’étaient répertoriées auparavant que dans une ou deux localités seulement ont connu une extension de leur aire de répartition selon les résultats des récentes explorations biologiques.

Il s’agit entre autres du cas de Phelsuma klemmeri (Razafimahatratra et al., 2010), P. breviceps (Gardner & Jasper, 2010), Lygodactylus blancae (Randrianantoandro & Hobinjatovo, 2011), Pararhadinaea melanogaster et Amphiglossus tanysoma (Labanowski&Lowin, 2011).

Pour les tortues marines, cinq des sept espèces fréquentent les eaux de Madagascar et la région de l’Océan Indien Occidental (OIO).

v. Les oiseaux

L’avifaune malgache est caractérisée par une richesse spécifique relativement pauvre par rapport à celles des autres pays tropicaux mais un taux d’endémisme exceptionnellement élevé. Elle compte 282 espèces dont deux sont probablement éteintes, Tachybaptus rufolarvatus et Coua delalandei. Par rapport aux richesses spécifiques de l’avifaune malgache mentionnées dans les différentes littératures, le nombre d’espèces présenté ici résulte des récentes révisons taxonomiques, qui ont avancé la non validité de la systématique de quelques espèces auparavant considérées comme étant des espèces à part entière, tels que Hypositta perdita (Fjeldså et al., 2013), Monticola bensoni et M. erythronotus (Cruaud et al., 2011). Ensuite une espèce nouvelle pour la science, Mentocrex beankaensis, a été décrite en 2011 (Goodman et al., 2011).

En ce qui concerne le taux d’endémisme, il représente plus de 37% et les passereaux renferment une forte concentration des espèces qu’on ne trouve nulle part ailleurs avec un pourcentage de 69%. Il est encore plus remarquable pour les espèces forestières avec un taux à plus de 80%. Au niveau taxinomique supérieur, Madagascar possède cinq familles endémiques qui sont les Mesithornitidae (3 espèces), les Brachypteraciidae (5 espèces), les Leptosomatidae (une espèce), les Bernieridae (11 espèces) et les Vangidae (21 espèces) (Goodman & Hawkins, 2008 ; Raherilalao & Goodman, 2011). En outre, deux sous-familles endémiques s’y rencontrent également, COUINAE qui est représenté par un genre, Coua, et 9 espèces vivantes et PHILEPITTINAE comprenant deux genres, Philepitta et Neodrepanis, chacun étant représenté par deux espèces. En combinant les statuts de conservation de l’IUCN (2013) et les informations obtenues 

à partir des nouvelles révisions de la systématique d’Hypositta perdita(Fjeldså et al., 2013) et du complexe Monticola (Cruaud et al., 2011), 240 espèces ont été évaluées dont 36 sont menacées, incluant 2 espèces Eteintes, 2 En danger critique, 10 En danger et 22 Vulnérables.

vi. Les petits mammifères non-volants

Deux groupes de petits mammifères avec une diversité importante se trouvent à Madagascar : la sous-famille des NESOMYINAE incluant tous les rongeurs endémiques de Madagascar comprennent aujourd’hui 9 genres et 27 espèces et la famille des TENRECIDAE incluant 8 genres et 32 espèces (Soarimalala & Goodman, 2011). Trois espèces de la sous-famille des MURINAE, à savoir Rattus rattus, R. norvegicus et Mus musculus, et deux espèces de Soricidae, Suncus madagascariensis et S. murinus, ont été introduites sur l’Ile. Six espèces de Tenrecidae sont considérées comme étant menacées par l’UICN (2013) dont deux sont En danger et quatre sont Vulnérables. Les restes sont à Préoccupation mineure ou avec un statut Données insuffisantes (UICN,2013). Pour les rongeurs, 6 sont considérées comme En danger, 1 Vulnérable, et les restes sont à Préoccupation mineure ou avec des Données insuffisantes.

vii. Les chauves-souris

Un total de 43 espèces, groupées dans 7 familles, sont rencontrés à Madagascar dont 31 sont endémiques (Goodman, 2011). Sur les 43 espèces, 3 appartiennent à la famille des Mégachiroptères et 40 à celle des Microchiroptères. Une seule famille, les Myzopodidae, comprenant 2 espèces, est endémique. Pteropus rufus figure dans l’Annexe II de la CITES. Une sur les 43 espèces est considérée comme étant En danger et 3 étant Vulnérables (UICN, 2013).

viii. Les carnivores

Madagascar abrite 13 espèces de Carnivora, incluant les animaux autochtones et introduits (Goodman, 2012). Les trois espèces introduites à Madagascar sont le chien domestique (Canis lupus), le chat domestique (Felis silvestris) et la civette de l’Inde (Viverricula indica). Sur les 13 espèces, 10 sont endémiques à Madagascar et elles appartiennent à la famille endémique des Eupleridae. Elles sont largement forestières et sont souvent mal connues.

Trois taxons apparaissent dans l’Annexe II du traité de la CITES (Cryptoprocta ferox, Eupleres goudotii et Fossa fossana). Une des dix espèces actuelles est répertoriée dans la catégorie « Espèce en danger » de la Liste Rouge de l’IUCN (2013) : Galidictis grandidieri ; trois dans la catégorie « Espèce vulnérable » : Cryptoprocta ferox, Mungotictis decemlineata et Salanoia concolor.

ix. Les lémuriens

Madagascar est la plus haute priorité mondiale en matière de conservation des primates, avec sa très haute diversité et son endémisme sans égal. La grande Ile se trouve, en effet, en troisième position parmi les pays à forte diversité de primates par la présence des cinq familles, 15 genres et 113 espèces. Toutes les espèces de lémuriens sont des primates strepsirrhiniens endémiques de Madagascar. Elles comptent le plus petit primate du monde, le Microcèbe de Mme Berthe ( Microcebus berthae) qui pèse 30 grammes, jusqu’à l’Indri (Indri indri), qui peut peser jusqu’à 10 kg. Toutefois, les espèces récemment éteintes avaient une taille beaucoup plus grande. Actuellement, cinq familles, 15 genres et 112 espèces et sous espèces de lémuriens sont officiellement reconnus.

Ce tour de Tananarive, vers la Côte Est, en passant sur le fameux canal des Pangalanes vous permet de découvrir et d’approcher plus d’une dizaine d’espèces de lémuriens, parmi lesquels l’Indri indri et le Aye Aye.

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